Pourquoi la Cour pénale internationale est-elle si silencieuse sur le Soudan ?

Pourquoi la Cour pénale internationale est-elle si silencieuse sur le Soudan ?

Depuis quelques mois, des affrontements ont éclaté entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF), faisant des milliers de victimes civiles lors d’attaques ciblées à Khartoum, au Darfour et ailleurs. Beaucoup d’autres ont péri en raison du manque d’accès à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux. Des millions de personnes ont été déplacées.

L’armée, relativement faible sur le terrain, a eu recours à des bombardements de quartiers civils pour attaquer les RSF. Dans la capitale du Darfour occidental, el-Geneina, les RSF ont assassiné le gouverneur et le commissaire à l’aide humanitaire, ainsi que de nombreux médecins, journalistes et humanitaires. Les membres de ce groupe paramilitaire ont pillé des maisons, des banques et des hôpitaux. Ils sont également apparus dans des vidéos largement partagées, scandant dans les rues d’el-Geneina : « Plus de Massalit », en référence à un groupe considérant le Darfour occidental comme sa terre natale.

Indéniablement, des crimes graves, voire des crimes internationaux, sont commis au Soudan. Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a déclaré que « l’ampleur et la rapidité de la descente du Soudan dans la mort et la destruction sont sans précédent ». Les Soudanais se demandent donc où se trouve la Cour pénale internationale (CPI) au milieu de ce carnage et de cette souffrance.

Lorsque je faisais des recherches au Soudan en 2008, les Darfouriens avaient de grandes attentes envers la CPI. Après que le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, ait demandé un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar al-Bashir, plusieurs nouveau-nés dans les camps de déplacés au Darfour ont été nommés « Ocambo » en son honneur. Le procureur a alimenté les attentes des Soudanais en matière de justice à la CPI avec des déclarations fortes telles que « Arrêtez aujourd’hui et vous aurez la paix et la justice demain ». Des enfants darfouriens ont même été témoins de la capture d’un hérisson, qu’ils ont nommé « Bashir », l’ont attaché à une corde et ont prétendu l’emmener au tribunal de La Haye.

Mais ces attentes ont rapidement été déçues : sans sa propre force de police, la CPI ne pouvait pas exécuter son mandat d’arrêt contre al-Bashir. Ainsi, au lieu de mettre fin à son règne, le mandat d’arrêt de la CPI a renforcé le pouvoir du président soudanais. En réponse à cette action de la CPI, entre autres choses, il a créé une nouvelle force de sécurité pour sa propre protection : les Forces de soutien rapide, issues des milices Janjaweed tristement célèbres qu’il avait utilisées pour réprimer la rébellion au Darfour. Ces milices avaient été accusées à l’échelle internationale de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, voire de génocide au Darfour. C’est cette force qui combat maintenant l’armée soudanaise et inflige d’immenses souffrances au peuple soudanais.

Finalement, ce n’est pas la CPI mais le peuple soudanais qui a renversé al-Bashir. À travers des mois de manifestations courageuses et pacifiques, des hommes et des femmes soudanais de tous âges, faisant face à des réponses violentes de l’appareil de sécurité d’al-Bashir, ont généré l’élan politique qui a conduit à la chute de son régime en 2019. Le président a été jeté dans la même prison où il avait enfermé ses opposants. D’autres personnalités soudanaises recherchées par la CPI ont également été emprisonnées.

L’armée, les RSF et les représentants civils ont formé un gouvernement de coalition inconfortable. Alors que la composante civile du gouvernement de coalition était disposée à discuter de la coopération avec la CPI,

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