La chute de l’industrie sucrière cubaine
Depuis le XVIe siècle, le sucre est ancré dans l’âme de Cuba. Pour les Africains amenés ici pour le couper, le sucre signifiait la servitude. Plus tard, il a alimenté la rébellion, lorsque les esclaves ont brandi leurs machettes contre les Espagnols pour s’émanciper et remporter la souveraineté de leur nation. Le sucre a également apporté le développement et le luxe à Cuba. Mais depuis des décennies, l’industrie est en déclin. La saison dernière, elle n’a produit que 480 000 tonnes de sucre, contre plus de 7 millions de tonnes dans les années 1980. Cette année, la récolte de sucre sera la pire en plus d’un siècle.
Les sanctions américaines et une économie en difficulté ont laissé de nombreuses fermes sucrières cubaines avec des équipements obsolètes, voire de l’ère soviétique. Les pénuries d’essence ont également affecté les travailleurs de la canne à sucre, qui sont censés récolter pendant les mois de novembre à mai. Les champs sont envahis par les mauvaises herbes, qui s’emmêlent et parfois tuent la canne. Les moissonneuses-batteuses soviétiques consomment désormais non seulement de la canne à sucre, mais aussi des petits arbres poussant dans les champs.
Dans la raffinerie de Cienfuegos, où la canne de Perez est traitée, l’odeur de la mélasse emplit l’air moite alors que la canne est déchargée des wagons rouillés sur un tapis roulant, où elle passe ensuite à travers une série de broyeurs géants. Les travailleurs décrivent la technologie de cette raffinerie du XIXe siècle comme « obsolète », tout en exprimant une fierté sincère quant à leur capacité à maintenir les machines en marche. Mais ici aussi, les livraisons de canne sont insuffisantes et causent des problèmes.
La chute de l’industrie sucrière cubaine est un coup dur pour l’économie du pays, qui a déjà du mal à se remettre de la pandémie de COVID-19 et des sanctions américaines. Le sucre était autrefois la principale source de revenus d’exportation de Cuba, mais maintenant, le pays doit importer du sucre pour répondre à la demande intérieure. Les autorités cubaines ont promis de moderniser l’industrie sucrière, mais cela prendra du temps et des investissements importants. En attendant, les travailleurs de la canne à sucre continuent de lutter pour maintenir leur industrie à flot.




