Les microplastiques envahissent nos océans et nos sols, et peu d’endroits ont été épargnés. Pourraient-ils également entrer dans la chaîne alimentaire ? Les scientifiques des Pays-Bas commencent à découvrir la pointe de l’iceberg – jusqu’à présent, avec plus de questions que de réponses.
Des couvertures en plastique, un mal nécessaire ?
Guusta Noordam est une productrice d’asperges à Woubrugge, aux Pays-Bas. Chaque année, elle récolte environ 20 tonnes de ce légume prisé, un aliment de base local aux Pays-Bas. Comme beaucoup d’autres cultures, le plastique est devenu un composant central de la production d’asperges. Elles poussent dans des tranchées, recouvertes de feuilles de plastique noir. « C’est nécessaire pour garder les asperges blanches. Dès que les asperges sont exposées au soleil, elles deviennent un peu violettes, roses, puis vertes », explique Guusta. La feuille de plastique est également réversible et, selon la saison et le temps, elle peut être retournée. Le côté blanc maintient les asperges dans des conditions fraîches, tandis que le côté noir conserve la chaleur. « Nous aurions du mal à faire notre travail sans film plastique », dit-elle. Cela signifierait embaucher plus de personnes pour récolter deux fois par jour. « À ma connaissance, il n’y a pas d’alternative au film plastique, mais s’il y avait une bonne alternative avec les mêmes résultats, nous serions heureux de l’utiliser », ajoute-t-elle.
Les microplastiques dans le sol
Les plastiques ont infiltré tous les aspects de notre vie, y compris la façon dont notre nourriture est cultivée. Ils sont largement utilisés en agriculture : dans les serres et les films de paillage, mais aussi comme revêtements sur les engrais, les pesticides et les semences. Les plastiques ont contribué à augmenter les rendements des cultures, mais à un coût environnemental élevé, car ils se dégradent et se fragmentent en de minuscules fragments de microplastique. Et cela ne s’arrête pas là. Les boues d’épuration, le sous-produit laissé après le nettoyage des eaux usées, sont couramment utilisées comme engrais et pulvérisées sur les terres agricoles, même si elles contiennent des concentrations élevées de particules de microplastique. Selon des estimations récentes, entre 1 et 6 millions de tonnes de microplastiques peuvent maintenant être trouvées dans les sols agricoles, bien que l’impact de ces niveaux ne soit pas encore pleinement compris. Les terres agricoles européennes pourraient en fait être le plus grand réservoir mondial de microplastiques, avec des concentrations dans le sol dépassant même celles trouvées dans l’océan.
Plus de questions que de réponses
Un projet européen appelé Minagris veut chiffrer la contamination des sols agricoles par les microplastiques. « Chaque fois que nous commençons une étude sur la contamination plastique, nous ne nous demandons pas ‘trouverons-nous du plastique ?' », explique Nicolas Bériot, chercheur à l’université de Wageningen participant au projet Minagris. « Nous nous demandons : combien en trouverons-nous ? » Les plastiques contiennent des additifs, qui peuvent tous être des contaminants potentiels une fois qu’ils s’infiltrent dans le sol et l’eau. « Le problème avec le plastique dans le sol, c’est qu’il n’y reste pas toujours ; il fuit dans l’eau, dans les systèmes aquatiques », explique Bériot.




