TAIPEI, Taiwan — en Chine, les robots font le spectacle : ils dansent à la télévision, boxent sur scène et courent le marathon.Lorsqu’une startup a dévoilé son dernier humanoïde le mois dernier, le public a été si impressionné par son apparence humaine qu’un technicien a dû trancher sa jambe en direct pour révéler ses pistons métalliques.
Derrière la fascination, une alerte grandissante : l’industrie chinoise du robot court trop vite. ces machines imitent les mouvements humains,accomplissent des tâches simples,mais peinent encore à remplacer les travailleurs dans des emplois complexes. Avec plus de 150 fabricants en lice, Pékin redoute une bulle spéculative.
« La Chine adopte une stratégie d’attaque frontale avec les nouvelles technologies », analyze Lian Jye Su, analyste chez Omdia. « Résultat : une armée de vendeurs se bat pour des miettes de marché. »
Pionnière mondiale, la Chine déploie plus de robots industriels que tous les autres pays réunis. Dans les usines, ils soudent, soulèvent, transportent. À Pékin,ils livrent des chambres d’hôtel,nettoient les aéroports,distribuent le courrier dans les campus. Pendant les JO de Pékin 2022, ils cuisinaient et servaient les repas.
Aujourd’hui,Pékin mise sur la frontière suivante : des robots qui pensent et agissent comme des humains. Plus de 5 milliards de dollars ont été injectés cette année dans les startups d’humanoides — autant que durant les cinq années précédentes.
Les atouts chinois ? Une chaîne de production inégalée,des subventions massives,et des progrès en mécanique fine. Mais les humanoïdes peinent encore face à l’imprévu. Programmés pour suivre des schémas, ils butent sur l’improvisation.
« Fabriquer des robots ne suffit plus », constate P.K. Tseng,de TrendForce.« Sans cas d’usage, ils ne savent pas où se vendre. »
L’espoir ? L’intelligence artificielle. À Shenzhen, UBTech entraîne ses robots en usine. À Hangzhou, Unitree, Deep Robotics et d’autres — surnommés les « six dragons » — poussent l’IA incarnée. Unitree vise une IPO pour dominer le marché, avec des humanoïdes à 6 000 dollars, bien moins chers que les Boston Dynamics.
Pékin a lancé un fonds de 14 milliards de dollars pour l’IA et la robotique. Shanghai suit avec 77 millions dédiés à l’IA incarnée. Le rêve ? transformer l’AGI — l’intelligence générale artificielle — en force physique. Le fossé entre le rêve et la réalité reste immense. Mais en Chine, on parie que la machine finira par marcher comme l’homme — et peut-être, un jour, penser comme lui.




