Dans les couloirs de la fonction publique kényane, un scandale glaçant se dessine : des agents fantômes, des employés inexistantes, pompent chaque année 31 millions de dollars, laissant les contribuables payer le prix fort. L’audit du ministère des Services publics et de la Cour des comptes a mis au jour un vaste système de fraude, impliquant des cadres haut placés, des départements ministériels et même le Palais de la Présidence. La machinerie repose sur des complicités : agents fictifs,retraités fantômes,personnes vivant avec un handicap qui touchent des exemptions fiscales sans justificatif. Un cas choquant : une seule identité a reçu cinq salaires, soit 4 000 dollars sur six mois.
Le système HRIS-K, censé gérer les effectifs, manque d’intégration avec les bases de données clés : la trésorerie, l’administration fiscale, le financement universitaire. Sur 300 sociétés d’État, aucune n’est vraiment connectée. Des fiches de paie circulent sans pièce d’identité, sans numéro d’identifiant fiscal, avec des dates de naissance ou d’embauche modifiées sans trace. Les données non cryptées, l’absence de logs d’accès, l’absence de tests d’intrusion : le système est un nid à failles.
Face à ce chaos, le gouvernement lance un recensement national avec reconnaissance biométrique. Il exige des comptes-rendus des 33 institutions qui ont enfin transmis leurs données – celles de 20 039 fonctionnaires seulement. Une audience indépendante a été commandée, mais le chemin vers une fonction publique transparente reste long, parsemé de manques de volonté et de coordination. La débauche d’argent public continue, sous les yeux d’un pouvoir qui peine à s’ériger contre ses propres voleurs.




