Depuis le début du conflit à la mi-avril, au moins 19 travailleurs humanitaires ont perdu la vie. Les cibler est illégal et inhumain.
Dans ma carrière de 30 ans en tant qu’agent humanitaire, je n’ai jamais été confronté à un environnement opérationnel aussi difficile que celui du Soudan. Ce que j’ai personnellement observé depuis le déclenchement du conflit à travers le pays le 15 avril et les histoires que j’entends – en particulier de la région du Darfour – sont terrifiantes.
Personne ne devrait avoir à endurer de tels horreurs ou souffrances.
Le jour même où les combats ont éclaté dans tout le pays, la tragédie a frappé la communauté humanitaire. Trois membres du Programme alimentaire mondial (PAM) – Osman Ali, Siddig Mohammed et Yousif Elzain – ont été tués au Darfour-Nord.
Ces travailleurs humanitaires dévoués se trouvaient dans une zone reculée pour fournir une assistance financière d’urgence à certaines des personnes les plus vulnérables du Soudan.
Ils font partie des 19 travailleurs humanitaires – tous soudanais – qui ont perdu la vie au cours des quatre derniers mois. La guerre a déjà coûté la vie d’au moins 1 100 civils et laissé des millions de personnes dans un besoin urgent d’aide.
Pourtant, cette aide vitale a également été directement attaquée : au moins 53 entrepôts humanitaires ont été pillés et 87 bureaux saccagés. Plus de 40 000 tonnes d’aide alimentaire du PAM ont été volées et un centre logistique dans le centre-sud du Soudan – l’un des plus grands du continent africain – a été envahi.
Malgré le risque réel pour leur vie, les humanitaires sur le terrain au Soudan continuent de surmonter d’immenses défis pour soutenir ceux qui souffrent le plus de ce conflit.
Les perspectives sont sombres. La faim atteint des niveaux records et 6,3 millions de personnes sont à un pas de la famine. Plus de 4,4 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer pour chercher refuge dans d’autres parties du Soudan et des pays voisins. Les besoins humanitaires sont plus élevés que jamais, avec la moitié de la population – soit 24,7 millions de personnes – ayant besoin d’aide.
À mesure que le conflit s’est propagé, sa dynamique est devenue de plus en plus complexe. L’insécurité rend de plus en plus difficile l’accès aux personnes ayant besoin d’une assistance vitale, mais cela est encore plus urgent que jamais car de plus en plus de personnes ont du mal à satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.
Quoi qu’il en soit, nous continuerons à être aux côtés du peuple soudanais dans sa plus sombre heure. Nous ne cesserons pas de fournir une aide essentielle à ceux qui luttent pour leur survie.
Bien que notre dévouement en tant qu’humanitaires nous aide à continuer dans des circonstances difficiles, notre conviction seule ne suffit pas. Nous demandons à toutes les parties au conflit de respecter leurs obligations en vertu du droit international.
Le ciblage des travailleurs humanitaires et de l’aide humanitaire est contraire aux règles de la guerre. Les humanitaires et l’aide qu’ils fournissent sont neutres et impartiaux dans un conflit.




