Charles Sobhraj, meurtrier condamné, a une nouvelle histoire à raconter.

Charles Sobhraj, meurtrier condamné, a une nouvelle histoire à raconter.

Fin⁤ de l’année dernière, après avoir passé 19 ans‍ dans une prison népalaise, Charles Gurmukh Sobhraj, un meurtrier condamné âgé de 79 ⁣ans, ​se réjouissait de ⁤sa nouvelle liberté retrouvée.⁤ Le lendemain de ⁣Noël, j’ai⁢ reçu un message de Sobhraj sur mon téléphone,⁤ envoyé⁤ depuis un hôtel à Paris : “Il est 6 ​heures du matin et je suis dans‍ ma première baignoire ‍depuis de nombreuses années. C’est tellement agréable.” Quelques heures plus tard, une photo ‌de son petit-déjeuner du lendemain de Noël est arrivée : trois types ⁤de‌ fromage, du salami et des ‌pruneaux sur une‌ assiette blanche à côté d’une tasse de café⁢ noir. “Prends ton petit-déjeuner”, a-t-il écrit.

Trois⁣ jours auparavant, Sobhraj, ‍citoyen​ français, avait été libéré de ‍la prison centrale de Kathmandu ⁢où ‌il ⁤avait été emprisonné pour le ‍meurtre de deux routards en 1975. Ce​ n’était ⁣pas la première fois qu’il était en ⁢prison. Sobhraj a ‌passé plus de 40 ans dans différentes prisons, notamment⁣ à Athènes et à Téhéran, et 21 ans en Inde pour des accusations de meurtre.⁤ C’est pendant son séjour à la prison de ⁢haute sécurité de ⁣Tihar à ‌Delhi dans ⁣les années⁢ 1990 que j’ai rencontré Sobhraj pour⁣ la première fois. À l’époque, ⁣j’étais journaliste criminel dans la ​capitale indienne⁤ et je l’interviewais‍ souvent.

Dans les années 1970, ⁤Sobhraj traquait la ‍”route des hippies” en Asie, se liant d’amitié avec de jeunes routards occidentaux naïfs pour‌ les voler de leurs passeports et de leur argent‌ après avoir drogué ​leurs boissons et leurs repas avec des laxatifs‍ et des somnifères. Sobhraj ‍utilisait les identités de ses victimes‍ -‍ noms et passeports – dans un pays pour ⁤se​ rendre dans‍ un autre ​où il commettait d’autres crimes et poursuivait le ‍schéma, ​créant un⁤ labyrinthe d’identités volées​ et changeantes. Surnommé “le⁢ Serpent” pour sa capacité à échapper aux autorités de⁣ différents pays,​ Sobhraj a ⁢été ‍lié à plus ​de 10 ⁢meurtres⁢ au⁢ Népal, en Inde, au Pakistan‍ et en Thaïlande, et est soupçonné de bien d’autres, mais n’a été condamné que pour ‌deux.

Son ⁣histoire et ses crimes, commis principalement⁢ entre‌ 1970 ​et 1976, ont ⁣fasciné les médias et ont fait l’objet de livres à succès et de la série Netflix-BBC en huit parties, The Serpent, diffusée en⁤ 2021. Maintenant homme libre, Sobhraj est occupé ⁣à essayer de vendre son histoire. Son autobiographie et un documentaire sur ⁢sa vie ont été publiés. Il ⁣ne‍ dira pas combien il⁣ a ⁢été payé pour son​ autobiographie, ‍mais il prévoit ​de parcourir le monde avec une équipe ‍de tournage ‌pour enregistrer une série sur sa vie⁣ et⁤ s’installe à Londres pendant qu’il négocie des contrats​ pour des séries et des⁢ films. Il dit aussi qu’il prévoit de poursuivre en justice tous ceux qu’il estime lui avoir fait du tort.

Mais ceux‍ qui​ ont ⁣suivi ses crimes, dont un responsable de la police népalaise et un ancien haut ⁢fonctionnaire⁢ allemand ⁤des⁤ Nations Unies qui ont contribué à obtenir un mandat d’arrêt international‍ contre Sobhraj, voient ⁣ces‍ projets comme ‌une nouvelle étape d’une histoire familière⁤ de manipulation.

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