Ukraine : Une mer d’explosifs sur 1 000 kilomètres

Ukraine : Une mer d’explosifs sur 1 000 kilomètres

Zeus marche parfaitement ⁣normalement. L’énorme Ukrainien qui a adopté le nom du roi des dieux ⁢grecs comme nom de guerre ne se joint pas aux autres membres de son équipe, continuant à marcher de long en large. Depuis des mois, ils passent presque toutes les nuits – souvent sous le feu -‍ à réduire lentement ce qui est probablement le plus grand champ de mines du monde, bande par bande. Maintenant, ils n’ont plus​ que deux ou ​trois ​jours ‌tranquilles dans leurs quartiers,⁤ non loin du village de Velyka Novosilka, avant d’être relevés par une autre unité. Ils sont heureux de parler de leur mission. Mais pas‌ Zeus.

Et il y a autre chose de frappant chez lui. Ses pas font un bruit particulier : “Pffft. Pffft. Pffft.” Un sifflement pneumatique discret. Le son d’une ‌bonne prothèse.

La jambe⁢ inférieure droite de Zeus est faite ‌de métal, de plastique⁤ et ​de technologie moderne qui, après plusieurs mois passés​ dans⁣ une clinique de rééducation, lui ⁣permet de marcher complètement normalement. Mais⁣ il ne souhaite pas parler du ​moment où une mine⁤ antipersonnel a explosé sous ses pieds il y a six mois. D’autres raconteront l’histoire plus tard.

Zeus est retourné dans son unité spécialisée au ​sein de la 35e Brigade d’infanterie ⁣navale pour​ une mission où le moindre faux pas pourrait être le dernier.

La principale raison pour laquelle l’offensive ukrainienne avance si lentement – ‍plus importante même​ que leur manque d’avions de guerre et de pénurie de chars ​- ce sont les mines. Les sapeurs comme Zeus s’efforcent péniblement de désamorcer les explosifs. Et ils ne​ sont pas du tout surpris ⁣par la lenteur de la contre-offensive ukrainienne. ​En ‍effet, ils⁣ sont plutôt perplexes devant la surprise ⁣manifestée ‍par l’Occident.

Cet abandonné derrière le‍ front a été leur maison pendant plusieurs mois. Dans quelques jours, “Historien”, comme on appelle le soldat aux lunettes, et les autres membres de l’unité de sapeurs de la 35e Brigade seront relevés.

Assis sur des bancs et des ⁤chaises de camping sous⁢ le dense feuillage d’un chêne,⁢ les camarades de Zeus parlent de l’enfer qu’ils ont traversé au cours des trois ‍derniers mois. Des mines antichars qui explosent lorsqu’un véhicule les traverse, ou des mines PARM qui déchirent les flancs des⁢ chars, où il ⁢y a ‍moins de ⁢blindage, à quelques mètres seulement. Puis il y ⁣a les mines antipersonnel⁣ enterrées, les pièges à fil de fer et les mines bondissantes, qui s’élèvent de quelques mètres dans les airs avant d’exploser. Et les petites “mines ‍papillon”, qui peuvent être dispersées par milliers depuis les airs.

Pris ensemble, ils forment un océan de mort potentielle s’étendant sur environ 1 000 ​kilomètres le‌ long de tout le front, sur une largeur allant jusqu’à 16 kilomètres.

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