Robert Doisneau, célèbre photographe français, est connu pour ses représentations des scènes de rue parisiennes et son travail de pionnier dans le domaine du photojournalisme. Une nouvelle exposition met en lumière sa carrière moins connue de faussaire de documents pendant l’occupation nazie à Paris, ses photographies de la France en temps de guerre et sa série sur les imprimeurs clandestins qui ont joué un rôle vital dans la Résistance française.
Dans les années 1940, à Paris occupé par les nazis, un réfugié polonais, Serge Dobkowski, a frappé à la porte du photographe français Robert Doisneau avec une urgence. Dobkowski avait désespérément besoin de faux papiers et avait entendu dire que Doisneau était l’homme de la situation. Habituellement, Doisneau mettait 48 heures pour fabriquer une fausse carte d’identité. Mais Dobkowski était suivi et il n’y avait pas de temps à perdre. Doisneau a donc rapidement pris et imprimé sa photo et l’a collée sur sa propre carte d’identité. Dobkowski était maintenant libre de franchir la ligne de démarcation et de quitter la France occupée pour passer le reste de la guerre en tant que Robert Doisneau.
Ce geste généreux est l’un des nombreux “actes de résistance” documentés dans une nouvelle exposition dans un musée près de Paris consacrée au célèbre photographe français Robert Doisneau. Bien avant de devenir célèbre pour sa photographie de 1950, “Le Baiser de l’Hôtel de Ville”, où un jeune couple élégant s’embrasse dans une rue animée de Paris, Doisneau travaillait comme faussaire pendant la Seconde Guerre mondiale et documentait la vie quotidienne à Paris occupé par les nazis.
En 1940, Doisneau avait déjà de l’expérience en tant que faussaire. Il falsifiait régulièrement sa carte de pointage lorsqu’il travaillait comme photographe publicitaire industriel pour le constructeur automobile Renault avant la guerre, afin de dissimuler ses retards répétés (il a d’ailleurs été licencié pour ses retards constants).
Après un court passage dans l’armée dans l’est de la France au début de la guerre, il a commencé à fabriquer de faux papiers au début de l’occupation allemande de Paris en juin 1940. Grâce à sa formation de graveur et de lithographe, il a commencé à fabriquer des passeports, des cartes d’identité et des Ausweise (visas utilisés pour traverser le territoire occupé par les nazis vers la Zone libre) pour aider ses amis et ceux qui étaient “dans la merde”.
En juin 1941, un certain “Monsieur Philippe” (un alias pour le peintre Enrico Pontremoli) l’a contacté et lui a demandé de reproduire une carte d’inspecteur de police. Satisfait du résultat, il a demandé à Doisneau de reproduire d’autres documents officiels. Sans le savoir, Doisneau travaillait désormais pour les communistes et les principaux réseaux de résistance – la Ligne Comète et le Mouvement de Résistance Unie (MUR), qui deviendra plus tard le Mouvement de Libération Nationale (MLN). Dans son studio du sud de Paris à Montrouge, il reproduisait des tampons officiels nazis et fabriquait de fausses cartes de membre pour la redoutée milice paramilitaire de Vichy.
Si découvert, Doisneau aurait été condamné à mort. Mais il a continué son travail de faussaire jusqu’à la fin de la guerre, contribuant ainsi à la résistance française. L’exposition “Robert Doisneau : L’esprit de résistance” présente ces aspects méconnus de la carrière de Doisneau et est actuellement visible au Musée de la Résistance Nationale près de Paris.




