Les travailleurs et commerçants nord-coréens bloqués et dépendant du commerce transfrontalier ne voient que peu de signes indiquant que la frontière avec la Chine rouvrira bientôt, malgré les récents voyages à l’étranger du dirigeant Kim Jong Un et des athlètes du pays. La ville chinoise de Dandong, située dans le nord-est du pays, offre depuis longtemps une rare fenêtre sur la Corée du Nord isolée et son commerce avec Pékin, son plus grand partenaire économique et bienfaiteur. Cependant, le commerce s’est arrêté en janvier 2020 lorsque la Corée du Nord a fermé ses frontières pour se protéger du COVID-19, laissant des milliers de ses citoyens bloqués à l’étranger. Trois ans plus tard, beaucoup n’ont toujours pas pu rentrer chez eux.
Dans la ville de Dandong en septembre, les clients des restaurants nord-coréens dégustaient des fruits de mer frais et appréciaient des performances de chansons et de danses. Les artistes, de jeunes femmes envoyées travailler comme serveuses avant la pandémie, ont déclaré qu’elles étaient nostalgiques de leur pays mais qu’elles n’avaient pas été informées de leur date de retour. “Savez-vous par hasard ?”, a demandé avec un sourire une serveuse dans un restaurant spécialisé dans la bière artisanale nord-coréenne. Deux serveurs ont déclaré à l’AFP qu’ils étaient venus en “stage”.
Les sanctions des Nations Unies interdisent aux travailleurs nord-coréens de travailler à l’étranger au motif qu’ils génèrent des fonds pour le programme d’armes nucléaires de Pyongyang. Cependant, des journalistes de l’AFP ont identifié au moins 10 restaurants et hôtels dans trois villes chinoises employant des Nord-Coréens depuis le début de l’année. Les experts occidentaux affirment que ces travailleurs ont pratiquement aucun contrôle sur leur affectation, endurent des conditions de vie et de travail misérables, et voient une grande partie de leur salaire confisqué par l’État nord-coréen. Les clients des restaurants de Dandong étaient interdits de filmer ou de photographier les performances. Parmi les clients, on comptait au moins huit hommes nord-coréens, certains portant des badges rouges avec les portraits de leurs dirigeants épinglés sur leur poitrine. Lorsqu’on lui a demandé si la frontière allait rouvrir, l’un d’eux a répondu en anglais courant qu’il vivait à Dandong, mais il a haussé les épaules et est parti.
Les athlètes nord-coréens participent désormais à des compétitions à l’étranger et le dirigeant Kim a effectué un voyage rare en Russie en septembre. Cependant, les commerçants de Dandong ont déclaré à l’AFP qu’ils n’avaient pas constaté cette ouverture sur le terrain. “Nous ne savons pas quand ils vont ouvrir”, a déclaré un commerçant chinois transfrontalier dans un bureau sombre près de la rivière qui sépare les deux pays. “Nous sommes bloqués en attendant, sans rien à faire à part s’asseoir et boire”, a déclaré un autre commerçant. À proximité, des dizaines de magasins d’import-export étaient fermés ou abandonnés. Pékin a confirmé l’année dernière que le fret ferroviaire avec la Corée du Nord avait repris.




