Kasserine : la greffe de cornée sort enfin des capitales médicales

greffe de cornée

L’hôpital universitaire Badr Eddine Aloui de Kasserine a réussi une deuxième greffe de cornée, réalisée en urgence sur un patient de 65 ans. L’intervention confirme une montée en gamme de l’offre publique spécialisée dans l’intérieur tunisien. Au-delà de la performance clinique, cette avancée pose une question centrale pour l’Afrique du Nord : comment rapprocher la médecine de pointe des territoires longtemps relégués à la périphérie sanitaire ?

Les faits

Selon les informations de La Presse de Tunisie, le service universitaire d’ophtalmologie et de chirurgie oculaire de l’hôpital universitaire Badr Eddine Aloui à Kasserine a mené avec succès sa deuxième opération de greffe de cornée. L’intervention a été pratiquée en urgence sur un patient âgé de 65 ans, selon le directeur régional de la santé, Abdelghani Chaâbani.

Les autorités sanitaires tunisiennes expliquent cette réussite par la mise à disposition d’équipements médicaux de pointe par le ministère de la Santé, ainsi que par la coordination avec le Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes. Elles indiquent aussi que ce service assure désormais d’autres actes spécialisés de haute précision, notamment la prise en charge du décollement de la rétine et la chirurgie du strabisme, jusque-là indisponibles dans cet hôpital.

Cette intervention est la deuxième greffe de cornée réalisée à Kasserine, après une première opération réussie en décembre 2025, considérée comme un jalon pour le développement de l’ophtalmologie spécialisée dans la région.

Le décryptage 3sec.info

Le fait majeur n’est pas seulement chirurgical. Il est territorial. Pendant longtemps, la médecine hautement spécialisée au Maghreb est restée concentrée dans les grandes villes littorales et les capitales, obligeant les patients de l’intérieur à supporter le coût du déplacement, l’attente et parfois le renoncement aux soins.

Ce qui se joue à Kasserine, c’est donc une forme de rééquilibrage silencieux. Lorsqu’un hôpital public régional parvient à intégrer la greffe de cornée dans son offre de soins, il réduit la dépendance aux grands centres universitaires de Tunis et envoie un signal politique fort : l’égalité d’accès à la santé ne peut pas rester un slogan administratif.

L’impact africain et algérien

Pour l’Afrique, cette expérience tunisienne mérite attention. Le continent souffre moins d’un manque absolu de compétences que d’une mauvaise répartition des plateaux techniques, des spécialistes et des chaînes de prise en charge. Le cas de Kasserine montre qu’avec des équipements adaptés, une coordination institutionnelle et des équipes formées, des régions réputées marginalisées peuvent devenir des pôles médicaux crédibles.

Pour l’Algérie, où la fracture sanitaire entre grandes métropoles et wilayas de l’intérieur reste un sujet sensible, l’exemple est instructif. Développer la chirurgie spécialisée dans les hôpitaux régionaux, notamment en ophtalmologie, permettrait de désengorger les centres universitaires, de réduire les inégalités territoriales et d’ancrer la souveraineté sanitaire dans une logique de proximité.

Conclusion & Perspectives

La deuxième greffe de cornée réussie à Kasserine dépasse le registre de la bonne nouvelle hospitalière. Elle traduit une capacité naissante de décentralisation du soin complexe dans un pays où les disparités régionales ont longtemps pesé sur l’accès à la santé. Pour la Tunisie comme pour l’Afrique du Nord, l’enjeu est désormais clair : transformer ces réussites ponctuelles en politique durable, afin que la médecine de pointe cesse d’être un privilège géographique.

  • Les hôpitaux régionaux du Maghreb ont-ils aujourd’hui les moyens humains et techniques pour accueillir durablement la chirurgie spécialisée ?
  • La décentralisation des soins de pointe peut-elle devenir un levier concret contre les inégalités territoriales en santé ?
  • Faut-il repenser les politiques publiques de santé en Afrique du Nord autour de pôles régionaux spécialisés plutôt que d’une hyperconcentration dans les capitales ?

Tags : #International #Afrique #Algerie #Tunisie #SantéPublique

 

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